Les Yeux de KYA - Pauline et Thomas
- Valéry PLATON

- 14 sept. 2025
- 5 min de lecture


Ce qu’il y a de fantastique dans le monde de la voile, c’est à quel point, certaines personnes savent nous surprendre par leur audace. Pauline et son compagnon Thomas se sont élancés depuis quelques mois dans un projet d’une grande pertinence, mêlant découverte de la nature, projet scientifique et voyage à la voile ! Sur un parcours de plus de 3500 milles nautiques (6500 km) à bord de leur voilier de 22 pieds (6,70 mètres) ils ont descendu le Danube jusqu’à son delta avec des objectifs bien précis…
Récit et portrait de Pauline, cette jeune aventurière, travailleuse, rêveuse avec la tête sur les épaules.

Il est difficile de comprendre comment, exactement, naissent ces idées de projets dans la tête des aventuriers ? Une somme de plusieurs choses probablement. Dans le cas présent, Pauline a toujours été passionnée par l’environnent et c’est lors de son travail en tant que chargée de mission en environnement que Pauline découvre les zones humides de l’île de Noirmoutier. Elle y découvre un écosystème passionnant et décide de poursuivre son travail dans ce type de milieu entre terre et eau.
3500 milles nautiques à bord de leur voilier de 22 pieds

Sans pour autant être attirée par le grand large, Pauline ressent une grande attirance pour la mer. Elle fait la connaissance de plusieurs navigateurs et décide d’apprendre elle aussi à naviguer. Le temps passe, et c’est lors d’un voyage en «BlaBlaCar» que Pauline fait la connaissance d’un Roumain qui lui parle du delta du Danube, de ses richesses et de ses enjeux écologiques. En un instant, Pauline comprend qu’elle veut découvrir cet endroit et le mieux pour comprendre le Danube et son delta, c’est de descendre le fleuve du début jusqu’en mer noire.


Le projet mûrit dans son esprit et un plan est mis en place pour passer de la pensée à la réalité. Impensable de descendre le fleuve par un moyen de locomotion mécanisé. C’est donc en voilier que sera réalisé ce périple. Mais sans expérience à la voile cela risque d’être compliqué sans compter que les personnes autour d’elle qui connaissent la voile essayent de la dissuader en lui expliquant que c’est un voyage rempli d’embûches. Pauline décide de se former au mieux et d’acquérir de l’expérience tout en se préparant financièrement à investir pour la réalisation de ce projet.
Elle obtient le CMP (Certificat Matelot Pont) puis travaille comme « cuistot » à bord d’un grand voilier. Même si naviguer sur un voilier de millionnaire est une expérience aux antipodes de sa vision du monde ce contrat de 6 mois lui permet de réunir les sommes suffisantes à l’achat et à la préparation d’un petit voilier.
Le but est de quantifier la quantité de microplastique qui se déverse dans le delta.
Le 28 mars le départ est donné, pendant 3 mois le voyage se déroule sur le Danube en direction de son delta. En réalisant de l’échantillonnage de microplastique, le projet scientifique débute dès le départ.

Cette étude a été mise en place grâce à un partenariat avec l’association Ocean Eye basé à Genève. Cette organisation fait de l’étude et de la sensibilisation sur la pollution des eaux par les déchets plastiques. Et c’est à cet instant que le projet scientifique prend toute sa dimension car, sur le Danube que l’on peut considérer comme le rein de l’Europe, aucune étude portant sur les micros plastiques n’a été réalisée.
Le but est de quantifier la quantité de microplastique qui se déverse dans le delta. Pauline ne voulait pas juste descendre le Danube en voilier et en rapporter de jolies images et raconter de belles histoires, le but était de vraiment servir des intérêts scientifiques quantifiables.
Le chantier est bouclé en 3 mois

Trouver un voilier pour ce type d’expédition n’a pas été simple car il fallait un bateau suffisamment petit pour naviguer sur les fleuves et suffisamment grand pour naviguer en mer en toute sécurité. Le tout avec un budget et une expérience relativement faible.

C’est finalement vers un Etape 22 que le choix se précise grâce à sa quille
relevable et son mât rabattable. Même s'il s’avère que ce voilier sera trop grand pour le fleuve et trop petit pour la mer. Mais le prix lui, est dans le budget. C’est en Italie pour la somme de 2000€ que l’affaire sera conclue.
La préparation de l’Etape 22 a été courte pour aller à l’essentiel afin de le rendre le plus habitable possible : plomberie, eau, électricité, énergie et panneau solaire. Le chantier est bouclé en 3 mois et le petit voilier est remorqué jusqu’en Autriche qui sera le début du voyage qui devrait durer environ 9 mois pour rallier la France.
Bien évidemment sur le parcours il y a eu des galères… Faire 100 virements de bords par jours pour remonter face au vent, les orages, les dépressions, rien n’épargnera nos deux aventuriers sur leur coque de noix ! Le pire à sûrement été le démâtage et re-mâtage forcé à chaque pont qu’il fallait passer.
Un exercice littéralement épuisant pour un équipage réduit même avec un si petit bateau le poids du mât n’est pas négligeable. Cet exercice a été réalisé une bonne cinquantaine de fois entre le départ et le delta. Mais les décors, la faune et la flore valent de faire tous ces efforts.
Chaque jour peut être, soit une galère soit un émerveillement. Les bons jours de navigation quand le vent est dans le bon sens et aidé par le courant, le bateau file à 7 nœuds sur un plan d’eau totalement plat !
Un pur bonheur… Une fois arrivé en mer noire il y a comme un goût de nostalgie à bord tant certains moments auront été inoubliables. Même le delta offrira son lot de bonnes surprises : bonne météo, vent dans le bon sens, là ou ils ne pensaient pas pourvoir naviguer à la voile la nature leur offre une traversée du delta comme une récompense à la hauteur de leurs efforts passés.
Chaque jour peut être, soit une galère soit un émerveillement.

L’arrivée en Mer Noire a été aussi vécue comme un soulagement, mais relativement de courte durée car il ne faut pas s’endormir et continuer à avancer car le voyage ne s’arrête pas là. Cela ne vous aura probablement pas échappé et vous vous posez sûrement la question depuis le début de la lecture de cet article : en Mer Noire il y a la guerre non ? Eh bien oui la guerre gronde au Nord Est de la Roumanie et la Roumanie au niveau du delta du Danube possède une frontière avec l’Ukraine. Nos jeunes explorateurs ont navigué proches de cette frontière avec certes un peu d’appréhension mais au final tout s’est bien passé.
A l’heure où nous rédigeons cet article, l’équipage débute la deuxième partie de son voyage en longeant les côtes de la Mer Noire en direction d’Istanbul en Turquie ? Puis ce sera le mer Égée et la Grèce avant de pourvoir prendre la direction de la France ce qui sera également une aventure en soit.
En attendant l’arrivée et le retour en France, Pauline et Thomas ont des journées bien remplies, entre les navigations, la gestion de la météo, des escales, les prises de vues photographiques et vidéo. Tous deux nous préparent un documentaire mais aussi un livre (en deux tomes) qui devraient, nous l’espérons, sortir quelques mois après leur retour en France.
Vous pouvez suivre cette expédition sur les réseaux sociaux notamment sur le compte Instagram de Pauline : pauline_labrot et sur le site internet : www.lesyeuxdekya.fr. Nous ne manquerons pas de vous reparler de Pauline et Thomas dans les pages du magazine. Nous leur souhaitons bon vent pour la fin de leur expédition
Vous pouvez suivre Pauline et Thomas sur instagram : https://www.instagram.com/pauline_labrot/?hl=fr











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