Fleur de Lampaul - À la chasse aux aurores boréales, à bord de
- Valéry PLATON

- 14 sept. 2025
- 7 min de lecture

Un Article de Julie LEVEUGLE de L'eau Salée
Ça faisait partie de mes grands rêves. Je n’aurais jamais pensé avoir l’opportunité de le réaliser cette année : découvrir les eaux norvégiennes en voilier. Je ne sais pas pourquoi cette région m’attirait depuis très longtemps… pour sûr, il y avait l’idée de naviguer dans les paysages enneigés, bien loin de l’environnement dans lequel je suis habituée à évoluer. D’habitude, je suis plutôt de celles qui naviguent sous les tropiques !
Je l’ai appris début février, quelques semaines seulement avant le départ : j’allais pouvoir embarquer sur Fleur de Lampaul – une ancienne gabare de mer d’Iroise. Si je n’avais jamais eu l’occasion de monter à son bord, je la connaissais bien : celle-ci embarque des passagers en Norvège, entre autres, depuis plusieurs dizaines d’années. Ça a été une surprise magique, que j’ai à peine eu le temps d’intégrer : le temps de m’équiper correctement pour la navigation au froid, j’étais déjà à la porte de mon avion. Direction Tromsø !
C’est donc là, dans la ville norvégienne située au-dessus du Cercle polaire, à quelque 2500 kilomètres du pôle magnétique Nord, que j’ai rencontré Fleur de Lampaul « pour de vrai ».
À mon arrivée, ce soir-là, les personnes qui partageraient mon aventure avaient déjà embarqué : je rejoignais l’équipage composé de 3 marins professionnels Matthieu, Julien et Estelle, respectivement capitaine, second et matelot cuisinier - de Tristan Hamon - un des deux armateurs du bateau, et de 7 autres passagers.
L’aventure commencerait dès le lendemain, avec notre appareillage pour une semaine de croisière. Nous naviguerions majoritairement à la voile, à la découverte du territoire des Alpes de Lyngen.

C’est donc là, dans la ville norvégienne située au-dessus du Cercle polaire, à quelque 2500 kilomètres du pôle magnétique Nord, que j’ai rencontré Fleur de Lampaul « pour de vrai ».
À mon arrivée, ce soir-là, les personnes qui partageraient mon aventure avaient déjà embarqué : je rejoignais l’équipage composé de 3 marins professionnels Matthieu, Julien et Estelle, respectivement capitaine, second et matelot cuisinier - de Tristan Hamon - un des deux armateurs du bateau, et de 7 autres passagers.
L’aventure commencerait dès le lendemain, avec notre appareillage pour une semaine de croisière. Nous naviguerions majoritairement à la voile, à la découverte du territoire des Alpes de Lyngen.
Départ de Tromsø et première navigation à bord de « la Fleur »
Dimanche matin, 9 heures tapantes, nous étions en train d’appareiller. Matthieu à la barre, nous quittions le port de Tromsø pour mettre cap au Nord-Est.Pour la majeure partie d’entre nous, cette croisière était notre première occasion de naviguer sur le voilier. Alors, le premier jour, chacun a plus ou moins pris ses marques. Ensemble, nous avons fait connaissance – partageant rapidement notre goût pour le voyage.

Nous avons tiré quelques bords entre les nuages et le soleil, découvrant les alentours : des montagnes plus ou moins hautes, plus ou moins boisées, plus ou moins escarpées, d’un ton plus blanc, plus bleu, plus jaune ou plus rose...

Entre deux manœuvres collectives menées par Julien – pour hisser la grand-voile et le pic, lourds de plus d’une tonne – je m’extasiais de la vitesse avec laquelle les paysages changeaient. Sur la côte, on pouvait détailler des petits villages plus ou moins colorés, a priori peu accessibles et peu habités. Les vues magnifiques nous ont bien occupés pendant les 8 heures de navigation du premier jour, en même temps que nous nous accommodions du froid.
Pour atteindre notre premier lieu d’escale, à 28 milles nautiques de Tromsø, nous avons empanné 5 ou 6 fois. Vers 16 heures, nous remontions dans un fjord en prévision de la nuit, et l’équipage amarrait le bateau à quai juste à temps avant un gros coup de vent.Ce soir-là, sur le pont de la Fleur, nous nous sommes ébahis devant une première aurore boréale. Nous ne le savions pas encore, mais ce n’était rien comparé à ce que nous aurions l’occasion d’admirer lors de la suite du voyage…
Escale à terre, puis route vers Kristoffervalen

Dans le fjord, la nuit a été très tranquille. Puis, pour notre deuxième jour d’aventure, avant de mettre le cap vers une nouvelle destination, l’équipage nous a conseillé de descendre à terre. Nous avons bien fait de l’écouter !
Une fois nos vêtements techniques et autres protections contre le froid passés, nos chaussures de randonnée et crampons chaussés, nous sommes montés dans l’annexe du voilier, avec Matthieu, afin de découvrir le fond du fjord.

À terre, la balade a duré environ deux heures, dans un environnement très calme, majestueux et particulièrement silencieux. Nous avons admiré les vues sur la montagne, les reflets et petites rivières qui tombaient dans l’eau du fjord… croisant quelques pattes d’animaux, mais aucun autre voyageur ou habitant. Il n’y avait personne non plus dans les petites maisons secondaires colorées, en bordure de fjord – sous la neige, seulement quelques canoës.
Normalement, à cette période de l’année, le fond du fjord est gelé et il est possible de le traverser à pied. Cette année, fin février, il n’y avait pas assez de glace : nous avons plutôt marché au bord, dans la neige. Personnellement, j’ai vite eu trop chaud avec mon équipement !

Vers 14 heures, nous avons repris notre route, à la voile, en direction du nord. 17 milles plus tard, après une nouvelle belle navigation, nous avons amarré près de pêcheurs – dans le petit port de Kristoffervalen, sur l’île de Vannøya.
De l’île de Vannøya à Olderfjordborn, sur le continent

Le matin du troisième jour, la majeure partie de l’équipage s’est levée tôt, pour une nouvelle randonnée. Au programme, cette fois, le tour de l’île de Vannøya au lever du soleil, au cœur de la nature et au milieu des cerfs. Je dois l’avouer, je suis restée au chaud, confortablement installée dans le fond de ma bannette. Je l’ai regretté, ensuite, quand j’ai visionné les photos ramenées par les autres passagers !

Lorsque tous ont été de retour, nous avons repris la mer. Pour la suite de notre découverte des Alpes de Lyngen, nous avons parcouru 36 milles nautiques jusqu’à Olderfjordborn – sur le continent.

Noms des différentes voiles et des éléments de gréement, meilleure manière de se positionner et d’effectuer les manœuvres… Comme les jours précédents, grâce à l’équipage heureux de partager ses connaissances et compétences, chaque passager s’est davantage familiarisé avec le bateau. Le soir, à notre arrivée au mouillage en fond de fjord, le coucher de soleil a été mémorable. C’est aussi à Olderfjordborn que nous avons eu l’occasion d’admirer les plus belles aurores boréales du séjour…
D’Olderfjordborn à Hamnnes, sur l’île d’Huløya


Quatrième jour de navigation à bord du voilier Fleur de Lampaul. Départ 8 heures 30, direction le petit village d’Hamnnes, sur l’île d’Huløya à 33 milles nautiques d’Olderfjordborn. Notre navigation s’est faite principalement sous le soleil. En plus de la grand-voile, du foc, de la trinquette et de l’artimon, nous avons pu envoyer le flèche. Tout dessus !
Pour la première fois de la semaine, sous le regard amusé de tous les passagers, la Fleur de Lampaul a traversé des eaux recouvertes d’une fine couche de glace. Nous avons aperçu quelques parcs à poissons et, dans les montagnes autour, encore de rares maisons en bordure de côte. Sur cette étape encore, nous n’avons pas croisé grand monde : un ou deux bateaux de pêche seulement et des oiseaux marins qui, eux, suivaient les deux mâts du voilier.


Puis nous avons accosté sur le quai principal du tout petit village d’Hamnnes. L’équipage de Fleur de Lampaul connaissait déjà bien les lieux, pour y avoir déjà fait plusieurs fois escale au cours de la dernière saison de navigation. L’étape était pour le moins authentique : à deux pas du bateau, il y avait une alimentation, une petite station-service, une église, un séchoir à morues, des bacs plein de poissons...
Derrière un chasse-neige, Matthieu, Julien et Estelle nous ont indiqué l’endroit où nous allions passer la suite de la journée : le fameux sauna norvégien dont ils nous avaient tant parlé.
Quel luxe de pouvoir profiter, sur le port, face au bateau et en escale, d’un bain de vapeur à 85° C puis d’une baignade givrée dans le fjord norvégien… À elle seule, cette expérience valait presque le voyage.

Retour à Tromsø, et dernier jour de navigation


Le soleil s’est levé en même temps que les autres personnes embarquées. Ce dernier jour, avec le vent de face, nous n’avons envoyé aucune voile. L’équipage et les passagers se sont livrés à une partie de pêche très efficace, depuis le pont du bateau, sur un banc de cabillauds. Plus d’une demi-douzaine de poissons remontés, en à peine 30 minutes ! À bord, nous nous sommes concentrés pour garder en mémoire les paysages et tous les beaux moments.
Arrivés à Tromsø en début d’après-midi, après les 51 derniers milles, nous avons testé notre mal de terre dans les rues du centre-ville... Nous avons passé les dernières heures de cette parenthèse norvégienne à visiter quelques boutiques et bars locaux, à échanger autour d’un dernier brunch, à bord, et ce fut la fin du voyage.
En 1947, la construction de Fleur de Lampaul débute en octobre dans le chantier Keraudren à Camaret-sur-Mer, en Bretagne, pour le compte de la famille Le Guen de Lampaul-Plouarzel, d’où le voilier tire son nom. 300m3 de bois de chêne seront nécessaires à sa construction.
En 1948, Fleur de Lampaul est mise à l’eau le 9 avril. C’est au départ une gabare – voilier de charge – servant au transport des marchandises et des matières premières. Son activité principale est l’extraction et le transport de sable sur Brest, Landerneau et Châteaulin. À certaines périodes de l’année, la Fleur transportait aussi des primeurs de Roscoff sur l’Angleterre ou de Noirmoutier sur Brest.
En 1987, Fleur de Lampaul est classé Monument Historique. Le voilier devient une bibliothèque itinérante de port en port.
Fleur de Lampaul est une ancienne gabare en bois gréée en ketch aurique, qui a été mise à l’eau à Camaret en 1948. Initialement utilisée pour le transport de sable entre la Bretagne et l’Angleterre, elle a été reconvertie en voilier-école et en navire pédagogique, avant de devenir bateau de croisière. Elle dispose de 260 m² de voilure pour 27 m de longueur hors-tout, et est classée Monument historique depuis 1987.
Aujourd’hui menée par la compagnie maritime Loizon Sailing et 3 marins professionnels, Fleur de Lampaul accueille jusqu’à 30 personnes pour des navigations traditionnelles et des croisières thématiques. Elle évolue le long des côtes bretonnes et normandes, en Irlande, en Écosse et en Norvège.
Plus d’informations : fleurdelampaul.fr
Découvir cet article au complet dans le magazine the French Sailor : https://online.fliphtml5.com/bbueo/bzmk/#p=48









Commentaires